Travailler la force avec discernement en football de formation : quoi, combien et à quel âge
Nous démontons les mythes (elle ne freine pas la croissance), ce que dit la littérature, comment ajuster selon la maturation et l'âge, des exercices avec peu de matériel, les dosages, les sauts et les réceptions, le nordique, comment l'intégrer à la semaine et un bloc de 4 semaines par âge avec une liste de contrôle.
Linkalde · 2026-10-31
Peu de phrases suscitent autant de doutes dans un vestiaire de formation que celle-ci : « à cet âge on ne peut pas faire de musculation, ça arrête la croissance ». Et peu ont aussi peu de fondement. Ce qui fait réellement du mal, et il existe des cas documentés, c'est de travailler la force sans technique, sans supervision ou avec des charges maximales. Entre les deux, il y a un vaste terrain : squats au poids du corps, fentes, gainage, sauts bien réceptionnés. C'est ce que n'importe quel éducateur de formation peut caser en 15 ou 20 minutes, deux fois par semaine.
Cet article rassemble ce que disent les revues et les consensus internationaux sur la force chez les jeunes et le traduit en pratique : que faire à chaque âge, avec quelle dose, comment l'intégrer à une semaine normale de club et quelles erreurs éviter. Là où les preuves s'arrêtent, nous le disons et nous signalons la consigne comme « notre jugement ».
Les mythes, un par un
« Travailler la force freine la croissance »
C'est le plus répandu. Le consensus international de 2014 sur l'entraînement de force chez les jeunes (Lloyd et collaborateurs, adapté de la position officielle de l'association britannique de force et de conditionnement et soutenu par des organisations de médecine du sport et de pédiatrie) affirme que la crainte d'abîmer les cartilages de croissance ne repose ni sur les rapports scientifiques ni sur l'observation clinique. Au contraire : le stress mécanique sur ces cartilages peut être bénéfique pour la formation de l'os. Une revue pédiatrique en espagnol du Comité de médecine du sport de l'enfant et de l'adolescent de la Société argentine de pédiatrie (2018) arrive à la même conclusion : rien ne prouve que l'entraînement de force réduise la taille adulte.
D'où vient le mythe : cette même revue rappelle que dans les années soixante-dix et quatre-vingt on a décrit des lésions du cartilage de croissance liées à la force, et que la plupart étaient dues à une technique de soulevé inadaptée, à des charges maximales ou à l'absence de supervision qualifiée. Ce n'était pas l'exercice, c'était la manière de le faire.
« Les enfants ne devraient pas soulever de poids »
Cela dépend de ce que l'on entend par « soulever de poids ». Le consensus de 2014 indique que des enfants de 5 ou 6 ans seulement améliorent leur condition musculaire avec des exercices de force de base, et que l'âge chronologique compte moins que la maturité émotionnelle (savoir suivre des consignes) et un niveau compétent d'équilibre et de contrôle postural. La revue argentine situe un début raisonnable quand le contrôle postural est acquis, vers 7 ou 8 ans. Pour une équipe de formation, cela signifie poids du corps, jeux de poussée et de saut, et bandes élastiques. Pas de barres chargées.
« C'est dangereux »
Le même consensus indique qu'environ 77 % des blessures aiguës liées à l'entraînement de force chez les jeunes et les adultes sont accidentelles, et que la plupart sont évitables avec une supervision adéquate, une progression fondée sur la compétence technique et un environnement sûr. La revue argentine ajoute que les risques ne sont pas plus élevés que dans n'importe quelle autre activité sportive si les consignes sont respectées, et qu'ils explosent quand la supervision qualifiée manque, que le matériel est inadapté ou que les temps de repos ne sont pas respectés.
Il y a une autre donnée qui surprend souvent. Un saut et sa réception, ce qui arrive des dizaines de fois dans n'importe quel match ou jeu libre, génèrent des forces de réaction du sol d'environ 5 à 7 fois le poids du corps, davantage que celles de l'entraînement de force lui-même. Un enfant qui n'a jamais travaillé la force ni appris à se réceptionner affronte ces charges quand même, avec moins de préparation.
« Avant la puberté, cela ne sert à rien »
Cela sert, et peut même servir davantage. Dans la méta-analyse de Behringer et collaborateurs (2011), avec des effets moyens sur le saut, la course et le lancer, les participants les plus jeunes ont gagné plus de performance motrice que les plus âgés. La raison probable est que, chez les enfants, l'amélioration vient surtout de la coordination et du système nerveux, pas du muscle. C'est pourquoi le travail de force avec les petits ressemble davantage à un bon circuit de coordination et de jeu qu'à une salle de musculation.
« Les filles n'en ont pas besoin »
C'est exactement l'inverse. Le consensus de 2014 cite une étude longitudinale dans laquelle les filles qui ne faisaient pas d'entraînement de force pendant leur maturation ont développé des facteurs de risque de blessure, comme un moment de valgus du genou plus important à la réception, alors que celles qui en faisaient montraient une mécanique plus sûre et plus de force dans la chaîne postérieure. Et la méta-analyse de Petushek et collaborateurs (2019) sur la prévention de la lésion du ligament croisé antérieur chez les jeunes filles a trouvé le plus grand effet aux stades du collège et du lycée. Nous y reviendrons plus bas.
Ce que dit la littérature (et ce qu'elle ne dit pas)
Pour le football, la revue la plus spécifique est celle d'Oliver et collaborateurs (2024) : 34 études contrôlées portant sur 1 396 footballeurs de haut niveau jusqu'à 18 ans. L'entraînement de force, le pliométrique et le combiné ont amélioré le saut, la puissance horizontale, l'accélération et le changement de direction avec des effets modérés, et le sprint avec des effets faibles. Pour gagner de la force dans les jambes, la force et le combiné ont mieux fonctionné que les seuls sauts. 82 % des études ont utilisé deux séances par semaine et 79 % ont duré 12 semaines ou moins. Avec deux séances hebdomadaires et environ trois mois, on observe déjà des améliorations mesurables.
La revue de Lesinski et collaborateurs (2016), avec 43 études chez des jeunes sportifs de 6 à 18 ans, a aussi trouvé des effets modérés sur la force et le saut, et faibles sur le sprint, l'agilité et la performance spécifique. Ses plus grands effets sur la force sont apparus avec des programmes de plus de 23 semaines, 5 séries de 6 à 8 répétitions à 80-89 % d'une répétition maximale et 3 à 4 minutes de repos. Attention à ne pas le lire comme une recette pour vos U10 : c'est une dose issue de moyennes d'études sur des sportifs, pas une consigne de départ. Le consensus de 2014 réserve ces fourchettes (moins de 6 répétitions, plus de 85 %) à des phases périodisées chez des jeunes expérimentés et à la technique démontrée.
Et l'amélioration ne se limite pas à la performance. En prévention des blessures, les programmes qui comprennent de la force ont donné certains des résultats les plus nets que nous ayons en football :
| Étude | Ce qu'elle mesure | Résultat publié | Comment le lire |
|---|---|---|---|
| Petushek 2019 (filles de lycée) | Lésion du ligament croisé avec des programmes incluant de la force | OR 0,38 | Les chances (odds) de blessure sont nettement plus faibles. Cela ne veut pas dire 62 % de blessures en moins. |
| Petushek 2019 (tous âges, filles) | Lésion du ligament croisé | OR 0,51 | Même lecture : rapport de cotes, pas un pourcentage de blessures évitées. |
| van Dyk 2019 (avec exercice nordique) | Blessure aux ischio-jambiers | RR 0,49 | Le risque est à peu près divisé par deux. |
| Thorborg 2017 (FIFA 11+) | Toutes les blessures | IRR 0,61 | Le taux de blessures baisse d'environ un tiers avec le programme complet. |
| Thorborg 2017 (FIFA 11 d'origine) | Toutes les blessures | IRR 0,99 | Aucun effet appréciable (non significatif). |
Chaque mesure s'interprète différemment : l'OR est un rapport de cotes, le RR un risque relatif et l'IRR un rapport de taux d'incidence. C'est pourquoi nous ne les mettons pas dans un même graphique ni ne les convertissons en pourcentages. Ce que toutes disent, sauf celle du FIFA 11 d'origine, c'est que les programmes avec de la force réduisent les blessures.
Limites honnêtes. La plupart des études sur de jeunes footballeurs sont courtes (12 semaines ou moins), avec peu de joueurs et presque toujours des garçons : la revue d'Oliver ne comprend que des garçons et reconnaît que la maturité et l'historique d'entraînement ont été relevés de façon inégale, de sorte qu'elle n'a pas pu analyser leur effet. La méta-analyse sur le ligament croisé ne porte que sur des filles et sa qualité méthodologique est moyenne (5,45 sur 10 sur l'échelle PEDro). Et l'effet sur les ischio-jambiers vient de programmes multicomposants, où l'on ne peut pas isoler l'apport du nordique. Rien de tout cela n'invalide le message, mais cela explique pourquoi les doses de cet article sont prudentes et pourquoi tant de consignes relèvent de notre jugement.
La maturation compte plus que la date de naissance
Deux joueurs de la même année peuvent être séparés par plusieurs années de développement biologique. Le consensus de 2014 parle de jusqu'à 4 ou 5 ans d'écart entre des enfants du même âge chronologique et conclut que l'âge de la licence est un mauvais indicateur de l'état de maturation. Il définit l'enfance jusqu'à 11 ans chez les filles et 13 ans chez les garçons, et l'adolescence de 12 à 18 ans chez les filles et de 14 à 18 ans chez les garçons, avec une large marge de variation individuelle. Dans l'article sur la croissance et la maturation, vous trouverez le détail des étapes.
Cela compte pour deux raisons pratiques. La première, c'est que la poussée de croissance est un moment délicat : dans une étude portant sur 76 footballeurs d'académie suivis pendant deux saisons, l'incidence des blessures sans contact et de surcharge était de 24,5 pour 1 000 heures autour du pic de vitesse de croissance, contre 11,5 avant celui-ci (risque relatif de 2,15 ; Johnson et collaborateurs, 2020). Celui qui est en pleine poussée a besoin de moins de volume, de plus de technique et de plus de récupération, pas de plus de charge. La seconde, c'est que l'âge d'entraînement (depuis combien de temps on fait cela) compte autant que l'âge civil : un adolescent de 15 ans qui n'a jamais travaillé la force démarre comme un débutant, et un enfant de 10 ans techniquement solide n'a pas à rester au niveau le plus basique, disent les auteurs du consensus.
Comment le savoir sans examens médicaux (notre jugement) : mesurez la taille de vos joueurs tous les trois mois, avec le même mètre et contre le même mur. Celui qui grandit de plusieurs centimètres en peu de temps est en zone d'alerte, et peut se plaindre des genoux ou des talons. Baissez son volume, pas son contenu, et ne le comparez pas au coéquipier qui s'est déjà stabilisé.
D'abord les habiletés motrices, ensuite la charge
Les modèles de développement athlétique à long terme (Lloyd et collaborateurs, 2015) proposent d'intégrer le talent, le développement psychosocial et le développement physique tout au long de la maturation. En pratique : pendant l'enfance, l'objectif est que l'enfant maîtrise le saut, la réception, le freinage, la rotation, la poussée, le grimper et l'équilibre. Le consensus de 2014 souligne que c'est une étape où la coordination neuromusculaire est particulièrement malléable. La charge externe vient quand ces schémas sont solides, pas avant.
À propos des « fenêtres d'opportunité ». On voit souvent des graphiques qui disent que la force se travaille « seulement » à tel âge et la vitesse à tel autre. Les études que nous avons examinées montrent des améliorations à tous les âges qu'elles incluent, de 5 ou 6 ans jusqu'à l'adolescence, et ne permettent pas d'affirmer qu'il existe un âge après lequel travailler quelque chose ne sert plus. Elles ne sont pas non plus conçues pour comparer des fenêtres. Utilisez-les comme guide de ce qu'il faut prioriser, pas comme une règle qui expire à 13 ans.
Que faire à chaque âge
Il n'existe pas de protocole validé pour chaque catégorie du football de formation. Ce qui suit combine les consignes du consensus de 2014 et de la revue de la Société argentine de pédiatrie avec notre jugement d'éducateur de terrain. Considérez la colonne des doses comme un point de départ, pas comme un tableau figé.
| Étape | Priorité | Contenu | Dose indicative par séance |
|---|---|---|---|
| U8 à U9 (8 et 9 ans) | Habiletés motrices et jeu. Surtout pas de « faire de la force ». | Sauter, tomber, ramper, grimper, pousser un coéquipier, équilibre sur une jambe. Circuits de 4 ateliers sous forme de jeu. | 2 jours, 5 à 10 min dans l'échauffement. Poids du corps. 1 ou 2 séries de 6 à 10 répétitions bien faites. |
| U10 à U11 (10 et 11 ans) | Apprendre les schémas avec une bonne technique. | Squat, fente, charnière de hanche avec un bâton, pompes inclinées, gainage, réceptions contrôlées. | 2 jours, 10 à 15 min. Poids du corps et élastiques légers. 2 séries de 8 à 12 répétitions, 1 minute de pause. |
| U12 à U13 (12 et 13 ans) | Surveiller la poussée de croissance : la technique avant la charge. | Les mêmes schémas avec plus de difficulté (sur une jambe, tempo lent, médecine-ball léger). Nordique assisté. Sauts sur haies basses. | 2 jours, 15 à 20 min. 2 ou 3 séries de 6 à 12 répétitions, effort modéré. Baissez le volume de celui qui grandit vite. |
| U14 à U15 (14 et 15 ans) | Augmenter la charge quand la technique est démontrée. | Squat, charnière et fente avec médecine-ball ou haltère léger. Nordique. Sauts de haies et multibonds limités. | 2 jours, 20 à 25 min. 2 à 4 séries de 6 à 12 répétitions. Arrêtez dès qu'il vous reste 2 ou 3 répétitions en réserve. |
| U16 à U18 (16 à 18 ans) | Force et puissance avec une technique solide. | Charges modérées avec barre ou haltères pour ceux qui ont des années d'expérience. Sauts lestés et sur une jambe. | 2 jours, 25 à 30 min. 3 ou 4 séries. Séries de moins de 6 répétitions seulement lors de phases ponctuelles et avec une technique démontrée. |
Deux précisions. La première : si un joueur de 14 ans arrive sans expérience, il commence là où commence l'U10, même si cela ne dure que quelques semaines. La seconde : pour un débutant, le consensus de 2014 recommande de commencer avec 1 ou 2 séries et une faible intensité (jusqu'à 60 % d'une répétition maximale, ce qui en pratique veut dire « effort confortable »), de passer à 2 à 4 séries de 6 à 12 répétitions à 80 % au maximum et de n'augmenter la charge que lorsque la technique progresse. Avec de nouveaux exercices polyarticulaires, comme le squat, le consensus propose peu de répétitions (1 à 3) avec correction après chacune, car beaucoup de répétitions d'affilée peuvent nuire à l'apprentissage moteur.
Les schémas de base, avec peu ou pas de matériel
Pas besoin de salle de sport. Avec des bâtons, des haies basses, des élastiques, un médecine-ball et un mur, vous couvrez tous les schémas qui comptent. Ce tableau donne trois niveaux pour chacun : passez au suivant seulement quand le précédent est propre, sans vous presser, et fiez-vous davantage à ce que vous voyez qu'à ce qu'on vous raconte.
| Schéma | Niveau 1 | Niveau 2 | Niveau 3 | Ce que vous devez voir |
|---|---|---|---|---|
| Squat | Vers un banc ou une box, bras devant. | Avec une pause de 2 s en bas ou ballon contre la poitrine. | Sur une jambe vers la box, ou avec élastique ou médecine-ball. | Genoux alignés avec les pieds (ils ne se rapprochent pas), talons au sol, dos neutre. |
| Fente | Vers l'arrière sans charge, 5 par jambe. | Marchée ou latérale. | Avec médecine-ball ou haltère léger. | Tronc droit, genou avant stable, pas assez long. |
| Charnière de hanche | Avec un bâton plaqué contre le dos. | Avec un ballon contre la poitrine, sur deux jambes. | Sur une jambe avec un haltère léger. | La hanche part vers l'arrière, le dos reste droit et le bâton touche la nuque, le dos et le sacrum. |
| Poussée | Pompes mains contre un mur ou un banc. | Pompes au sol, sur les genoux ou complètes. | Pompes pieds surélevés. | Corps aligné, coudes à environ 45 degrés, poitrine près du sol. |
| Tirage | Rowing avec élastique ancré. | Tractions inversées sur barre basse ou espalier. | Tractions avec aide d'un élastique ou descentes lentes. | Omoplates en arrière et vers le bas, sans balancement du corps. |
| Gainage | Gainage ventral de 10 à 20 s. | Gainage latéral et dead bug. | Gainage avec déplacement ou poussée contre un élastique. | La hanche ne tombe ni ne monte, la respiration reste normale. |
| Ischio-jambiers | Pont fessier sur une jambe. | Nordique assisté avec élastique ou avec les mains, descente de 3 à 5 s. | Nordique complet, 2 séries de 4 à 6. | Corps aligné des genoux à la tête, descente lente sans plier la hanche. |
Rythme : des mouvements contrôlés pendant l'apprentissage et, quand la technique est bonne, l'intention de bouger vite dans la phase de montée (le consensus de 2014 insiste sur cette intention pour le transfert vers le sport), toujours sans perdre la forme. Repos : environ 1 minute entre les séries suffit en général avec des enfants, selon le consensus, qui le porte à 2 ou 3 minutes si l'exercice demande beaucoup de technique ou de puissance.
Sauts et réceptions : la partie la plus négligée
Au football, on saute et on se réceptionne tout le temps : têtes, duels, freinages, changements d'appui. Une réception avec les genoux vers l'intérieur, le tronc rigide et les jambes tendues est ce que la littérature associe à un risque plus élevé de lésion du ligament croisé chez les filles. Et cela fonctionne dans l'autre sens : la méta-analyse de Petushek a trouvé que les programmes avec davantage d'exercices de stabilisation de la réception et de force des jambes (nordique, fentes, montées sur pointes) étaient les plus protecteurs. C'est pourquoi la réception s'enseigne avant le saut en hauteur.
- D'abord apprendre à retomber : petit saut vertical et réception sur deux appuis, genoux fléchis, hanches en arrière, pause de 2 secondes. Si cela sonne comme un piétinement, ce n'est pas bon.
- Genoux toujours dans l'axe des pieds. S'ils se rapprochent à la réception, revenez au niveau précédent.
- Ensuite, des chutes depuis une box ou une marche basse (20 à 30 cm est une référence qui nous est propre), et des réceptions avec une rotation de 90 degrés.
- Plus tard, réception sur une jambe avec équilibre de 2 secondes, sauts de haies basses et courts multibonds avec rebond.
- La charge augmente en difficulté (hauteur, une jambe, rebond), pas en nombre de répétitions.
Et le volume ? La méta-analyse de Chen et collaborateurs (2023), avec 38 études et 3 347 adolescents de 10 à 19 ans, a amélioré le saut avec contre-mouvement de 2,6 cm en moyenne. La plupart des programmes duraient de 6 à 10 semaines, avec deux séances de 20 à 40 minutes. Ils ont classé les programmes selon le total de contacts avec le sol : moins de 900 sur tout le programme, 900 à 1 400 et plus de 1 400, et les trois groupes se sont améliorés. Les auteurs eux-mêmes reconnaissent qu'il n'y a pas assez de preuves pour fixer un nombre idéal. Avec un programme de huit semaines et deux séances, 50 contacts par séance font 800 et se situent dans la fourchette basse.
Notre règle de départ (notre jugement, prudente et non tirée d'une étude) : 20 à 30 contacts par séance en U8 à U9, 30 à 40 en U10 à U11, 40 à 60 en U12 à U13, 60 à 80 en U14 à U15 et 80 à 100 en U16 à U18. Comptez chaque réception comme un contact. Augmentez d'abord la qualité et seulement ensuite le nombre. Et n'enchaînez pas les jours de sauts intenses.
Ischio-jambiers et exercice nordique aux âges de formation
Voici ce que l'on sait de l'exercice nordique. La revue de van Dyk et collaborateurs (2019), avec 15 études et 8 459 sportifs, a trouvé que les programmes qui l'incluent réduisaient presque de moitié les blessures aux ischio-jambiers (risque relatif de 0,49 ; avec les seuls essais randomisés, 0,52). Ce que l'on sait moins bien, c'est comment le faire avec des mineurs. Une étude récente auprès de 23 footballeurs d'académie de 13,7 ans en moyenne (Ferrini et collaborateurs, 2026) a utilisé 2 séries de 6 nordiques une fois par semaine pendant 9 semaines : la force excentrique des ischio-jambiers a augmenté de 6,3 %, il n'y a eu qu'une seule blessure aux ischio-jambiers dans toute l'étude et les auteurs ne peuvent pas affirmer d'effet protecteur, car l'échantillon est petit.
Une progression prudente (notre jugement, pas un protocole publié) :
- Semaines 1 et 2 : pont fessier sur une jambe et descentes assistées, 1 ou 2 séries de 3 à 5, avec 5 secondes de descente.
- Semaines 3 et 4 : nordique assisté avec élastique ou avec les mains en fin de mouvement, 2 séries de 4 à 6.
- Ensuite, une fois par semaine (dans l'une des deux séances) 2 séries de 4 à 6, ce qui correspond à la consigne de l'étude de Ferrini.
- Ne commencez pas la dernière semaine avant une compétition importante : les courbatures d'un nordique peuvent être fortes.
Dose : ce que nous savons et ce que nous décidons
- Fréquence : 2 séances par semaine, sur des jours non consécutifs. C'est la consigne du consensus de 2014 (de 2 à 3) et de la revue pédiatrique argentine, et celle qu'ont utilisée 82 % des études de la revue d'Oliver. Avec l'agenda d'un club de formation, deux est réaliste.
- Durée de la séance : 20 à 30 minutes selon la revue argentine, partie spécifique comprise. Dans notre tableau, nous la ramenons à 5 à 15 minutes pour les plus petits.
- Séries et répétitions : 1 ou 2 séries au début et jusqu'à 2 à 4 séries de 6 à 12 répétitions quand la technique est acquise (consensus de 2014). La revue argentine propose 1 à 3 séries de 10 à 15 répétitions pour débuter.
- Progression : augmenter la charge ou le volume de 5 à 10 % à mesure que la force s'améliore (revue argentine).
- Durée du bloc : les programmes les plus efficaces durent plus de 8 semaines et utilisent plusieurs séries (consensus de 2014). La revue argentine parle de 8 à 12 semaines au minimum par période.
- Réponse attendue : gains de force de 30 à 40 % chez des jeunes non entraînés avec des programmes d'initiation de 8 à 20 semaines (consensus de 2014).
- Entretien : la force se perd vite à l'arrêt (consensus de 2014), donc en saison on l'entretient avec 1 à 3 séances par semaine selon la compétition.
Un avertissement important du consensus de 2014 : la force ne doit pas être une séance de plus venant s'ajouter à tout le reste. Chez un garçon qui s'entraîne déjà ses jours et joue le week-end, elle doit remplacer une partie du travail spécifique ou de la charge de compétition, pas s'y ajouter. Beaucoup de volume total avec peu de récupération mène à la surcharge et, dans les cas extrêmes, au surentraînement. Dans un club de formation, cela se traduit par moins de courses longues ou moins d'exercices répétitifs, pas par un entraînement plus long.
Comment l'intégrer à une séance de 60 à 90 minutes et à la semaine
L'idée est que la force ne soit pas une rubrique à part, mais une partie de l'échauffement et du bloc initial de la séance. Ordonné ainsi, cela fonctionne bien (notre jugement, avec la logique du consensus selon laquelle la fatigue abîme la technique) :
- Minutes 0 à 10 : échauffement de type FIFA 11+ (ou 11+ Kids pour les petits), qui comprend déjà course, force, équilibre et sauts.
- Minutes 10 à 30 : bloc de force et de réceptions, avec le groupe réparti en ateliers. Les enfants sont frais et la technique est meilleure. Si vous avez 60 minutes, réduisez-le à 15.
- Reste de la séance : partie principale avec ballon. Les jeux de forte intensité après la force et non avant.
- À 16 joueurs ou plus, faites 4 ateliers de 3 à 5 minutes et faites tourner. Un adjoint ou un joueur plus âgé qui corrige un seul atelier améliore la qualité.
Dans la semaine, avec trois entraînements et un match le week-end, le schéma le plus simple est la force le premier et le troisième jour (par exemple lundi et jeudi, avec le match le samedi) et, la veille du match, seulement une activation légère et des réceptions avec peu de répétitions, sans séries proches de l'échec. Après un match exigeant, laissez passer un jour avant la séance lourde suivante, et si l'équipe joue deux matchs dans la semaine, limitez-vous à une seule séance d'entretien. Tout cela relève de notre jugement : le consensus de 2014 dit seulement qu'entre une et trois séances par semaine pendant la saison suffisent pour maintenir ou améliorer, selon la compétition.
Le premier, pensé pour les plus petits (5 à 7 ans), est un bon exemple de saut et de réception au sein d'un jeu. Les trois autres sont des circuits U14 à U15 et U16 à U18 : ajustez les charges, les temps et les répétitions à ce que dit le tableau ci-dessus, et retirez le travail de course si la séance en contient déjà beaucoup.
Force et prévention des blessures
Le FIFA 11+ est une routine d'échauffement d'environ 20 minutes avec course, force, équilibre et sauts. Dans la méta-analyse de Thorborg et collaborateurs (2017), avec 6 essais randomisés en grappes, le 11+ a réduit les blessures de 39 % (rapport de taux d'incidence 0,61), tandis que le programme précédent, le FIFA 11, n'a montré aucun effet (0,99 avec deux études). On ne peut pas isoler quelle composante fait la différence, mais le 11+ comprend de la force, de l'équilibre et des sauts, et les résultats sont cohérents.
Sur le ligament croisé antérieur, la méta-analyse de Petushek et collaborateurs (2019) a regroupé 18 études portant sur 27 231 filles et 347 ruptures du croisé. L'entraînement neuromusculaire a réduit le risque d'environ 1 sur 54 à 1 sur 111, avec un effet plus grand chez les sportives de lycée que chez les universitaires ou les professionnelles. En football, le rapport de cotes était de 0,46. Les programmes les plus protecteurs combinaient stabilisation de la réception et force du membre inférieur ; ajouter de l'équilibre, du gainage, des étirements ou de l'agilité n'a montré aucun bénéfice mesurable supplémentaire pour cette blessure précise (même s'ils peuvent servir pour d'autres, comme l'entorse de cheville). Et ceux réalisés pendant la saison, ou avant et pendant, ont mieux fonctionné que ceux faits seulement en préparation, même si cette dernière comparaison ne repose que sur deux études.
Leçons pour votre équipe : commencez jeune (avant que n'apparaissent les déficits de contrôle neuromusculaire après la poussée de croissance), faites-le toute l'année et ne l'arrêtez pas en octobre, et faites-le diriger par quelqu'un qui sait enseigner la technique (tous les programmes de cette méta-analyse comprenaient une formation de ceux qui les appliquaient). La constance pèse plus que la dose exacte.
Sept erreurs qui reviennent
- Copier le programme des adultes. Un junior d'élite fait des séries lourdes avec barre après des années de préparation. Pour votre U15 de deuxième année, cela n'est ni utile ni sûr. Adaptez la logique (progresser, mesurer, récupérer), pas la charge.
- Charges maximales chez des garçons qui n'ont pas atteint la maturité. Tester une répétition maximale avec un U13 en pleine poussée de croissance est le chemin le plus court vers la blessure. Si vous avez besoin d'une mesure, utilisez le saut en longueur sans élan, le saut vertical ou la force de préhension de la main, que le consensus de 2014 désigne comme des indicateurs simples, avec une corrélation significative avec la force maximale chez les jeunes.
- Faire des sauts sans enseigner à se réceptionner. La hauteur ou le rebond viennent à la fin. D'abord, retomber en silence et avec les genoux alignés.
- Des exercices à la mode au rythme d'un circuit épuisant. Enchaîner beaucoup de répétitions sans repos jusqu'à ce que la technique se dégrade est risqué. Le consensus met en garde contre les programmes à forte intensité métabolique avec une récupération insuffisante entre les séries.
- Ne pas récupérer. Un garçon qui s'entraîne au club, à l'école et joue des matchs accumule de la charge. Ajustez le volume à sa semaine complète.
- Oublier les filles. Mêmes séances, même rigueur, et attention supplémentaire à la réception et à l'alignement du genou dès 11 ou 12 ans.
- Changer de programme chaque semaine. La technique s'apprend en répétant. Gardez les schémas quatre semaines et variez la difficulté, pas l'exercice.
Un bloc de 4 semaines par âge
Une proposition de notre part pour une équipe qui s'entraîne trois jours et joue le week-end, avec deux séances de force à la dose que fixe le tableau des âges. Ce n'est pas un programme validé. Il sert à démarrer et à voir comment réagit votre groupe.
| Semaine | U8 à U11 | U12 à U13 | U14 à U18 |
|---|---|---|---|
| 1. Apprendre | 10 min. Squat vers le banc, fente arrière, gainage de 10 s, saut à deux pieds avec réception silencieuse. 1 série de 6, sans se presser. | 15 min. Les schémas du tableau avec technique : 2 séries de 8. Nordique assisté 1 série de 3. Réceptions 2 séries de 5 avec pause. | 20 min. Squat avec pause 2 x 8, charnière 2 x 8, fente 2 x 6, gainage. Réceptions 2 x 5. Nordique assisté 1 x 4. |
| 2. Consolider | Mêmes ateliers, 2 séries de 6 et un jeu de saut et d'arrêt. | Plus de contrôle : tempo de 3 s à la descente. Nordique assisté 2 x 4. Réceptions depuis une marche de 20 cm. | Ajoutez une jambe : squat sur une jambe vers la box ou fente latérale. Nordique 2 x 4. Sauts de haies basses, 3 x 5. |
| 3. Monter un peu | Passez au niveau 2 du tableau sur un schéma (squat avec pause ou fente marchée). | Montez d'un cran de difficulté par schéma (médecine-ball léger, élastique). Nordique 2 x 5. Courts multibonds, 3 x 5. | Augmentez la charge de 5 à 10 % là où la technique est solide. Nordique 2 x 6. Sauts de haies et réception sur une jambe. |
| 4. Décharge et bilan | Redescendez à 1 série de chaque. Refaites un saut en longueur pieds joints et comparez-le à la semaine 1. | Baissez le volume de 40 % (notre jugement). Refaites le saut en longueur et le saut vertical, et notez s'il y a eu des gênes. | Baissez le volume de 40 %. Refaites le saut en longueur et le saut vertical. Décidez quels schémas montent au prochain bloc. |
La semaine 4 est une décharge délibérée et ce n'est pas du temps perdu : elle sert à ce que le corps assimile et à mesurer, avec un saut simple, si le bloc a été utile. Si un joueur progresse peu, ne vous alarmez pas : à cet âge, une partie du changement est simplement due à la croissance, et le consensus de 2014 rappelle que la croissance et la maturation peuvent masquer l'effet de l'entraînement.
Si un joueur a une douleur persistante (genoux, talons, dos), une blessure récente ou une suspicion de maladie, ne le mettez pas dans le bloc sans consulter son médecin ou son kinésithérapeute. Un examen préalable à la participation figure parmi les consignes générales de la revue pédiatrique argentine.
Liste de contrôle de l'éducateur
- J'ai vérifié que celui qui dirige les séances sait corriger la technique et les suit de près ; avec de grands groupes, il y a un adjoint ou des ateliers.
- La dose est de 2 séances par semaine sur des jours non consécutifs, pas collées à la veille du match.
- J'ai commencé chaque groupe au niveau qui lui correspond selon son expérience, pas selon son année de naissance.
- Les plus petits travaillent avec des jeux et le poids du corps ; la charge externe n'arrive qu'avec une technique démontrée.
- Je mesure la taille tous les trois mois et je baisse le volume de celui qui est en pleine poussée de croissance.
- Chaque séance comprend des réceptions et du contrôle des genoux, pas seulement des sauts hauts.
- Le nordique est introduit de façon assistée et avec peu de séries, à partir des U12.
- La force remplace une autre charge de la semaine ; elle ne s'y ajoute pas.
- Filles et garçons font la même chose, avec une attention supplémentaire à l'alignement du genou chez les filles.
- Il y a un échauffement de type 11+ ou 11+ Kids au début des séances.
- Pas de répétitions maximales ni de séries à l'échec chez les jeunes ; arrêt avec 2 ou 3 répétitions en réserve.
- Toutes les quatre semaines, il y a une décharge et une mesure simple (saut en longueur ou vertical).
- On l'entretient pendant la saison, même avec 1 séance par semaine, au lieu de l'arrêter en octobre.
Travailler la force en football de formation ne consiste pas à ressembler à une salle de musculation. C'est apprendre à pousser, freiner, sauter et retomber correctement, et le répéter pendant des années. Les deux courtes séances de la semaine seront probablement l'un des investissements les moins chers que vous puissiez faire pour la santé de vos joueurs et pour la qualité de leur jeu.
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